Discours et écrits

Mardi 6 décembre 2005


Mes amis, mes camarades, ouvrons un autre chemin à la gauche, construisons une autre voie pour la France. Défendons un autre projet pour l’Europe. C’est cela la grande alternative. Alors, nous serons les dignes héritiers de ce parti qu’a fondé Jaurès, dont nous fêtons le centenaire, dont ce congrès est le 74e.

Mes amis, mes camarades, le défi aujourd’hui, pour tout socialiste, ce n’est pas simplement la révolte contre l’injustice. Mais c’est aussi, peut-être surtout, de se donner les moyens de rendre la France plus juste. Il faut que ce congrès soit utile. Comment être utile aux Français ? Comment être utile à ces ouvriers licenciés quand leur entreprise accumule des bénéfices ? Comment être utile à ces familles dont les fins de mois durent trois semaines ? Comment être utile à ces jeunes couples qui ne trouvent pas le moyen de se loger ? A ces retraités qui ont travaillé toute leur vie, et qui se retrouvent démunis ? Comment être utile à ces jeunes des banlieues qui sont d’ici, et qu’on veut renvoyer ailleurs ? A tous ces jeunes qui accumulent les handicaps ? A ces hommes, à ces femmes qui travaillent dur ou qui ne travaillent pas ? Qui souffrent et qui parfois le crient ?

Notre peuple nous le dit : il y a urgence. Oui, il y a urgence, mais cette urgence n’est pas policière, elle est économique et elle est sociale.

Ce que je veux vous dire est simple : nous, socialistes, nous entendons la souffrance. A nous, socialistes, d’imaginer les solutions, à nous socialistes de nous rassembler pour les mettre en œuvre.

Au-delà de nos différences qu’il faut respecter, au-delà de nos querelles qu’il faut dépasser, nous entendons tous la vigueur de l’interpellation du peuple de gauche. Il faut que nous répondions présents. Nous devons nous battre aujourd’hui pour un monde meilleur et pour que la France redevienne une référence et un modèle.

Aujourd’hui, la France est angoissée. Elle s’interroge sur son destin. Je veux qu’elle redevienne la France des Lumières qui a porté partout l’idée de liberté, je veux qu’elle redevienne cette France du combat pour l’égalité qui a construit la République, je veux qu’elle redevienne cette France de la fraternité qui a permis la réconciliation en Europe, après le chaos.

Oui, je veux qu’ensemble, nous retrouvions ce qui a fait la grandeur de notre pays, et que pour cela, à jamais, nous gardions à l’esprit que la France n’est grande que quand elle est juste.

Je mesure comme vous la force de l’attente des Français, je perçois la réalité, comme vous, de toutes les difficultés.

Je sais que nous ne devons pas décevoir et que nous avons le devoir de changer la vie de ceux qui souffrent le plus. Leur vie, c’est la précarisation. Alors, nous inventerons une nouvelle Sécurité sociale, celle des parcours professionnels.

Leur vie, ce sont les délocalisations. Alors, nous mobiliserons les moyens de l’État, et lorsqu’il le faut, nous imposerons des nationalisations temporaires. Leur vie, ce sont les salaires bloqués. Alors, nous convoquerons une conférence sur les revenus pour changer le partage entre les salaires et les profits. Leur vie, c’est l’inégalité des chances dès la naissance, alors nous fonderons un nouveau service public de la petite enfance, et nous dégagerons les moyens comme jamais, auparavant pour les concentrer sur les quartiers populaires là où il y en a le plus besoin.

Vous le voyez, nous avons les réponses concrètes aux problèmes concrets des Français. D’ailleurs, si on en doutait, il suffirait d’avoir écouté Jacques Chirac l’autre jour à la télévision qui reprenait sans le dire, et en les déformant, les propositions des socialistes, écoutez-le réclamer la police de proximité, alors que c’est lui qui l’a supprimée. Entendez-le, avancer vers le curriculum vitae anonyme, alors que c’est le Sénat de droite qui l’a repoussé quand nous le proposions.

Écoutez-le demander un vrai faux service civique alors que c’est sa majorité, à l’Assemblée, qui l’a repoussé quand nous le proposions. Imposture, si vous le voulez, le moment approche où nous mettrons fin à dix ans d’imposture politique.

Aux Français, nous ne proposons pas les lendemains qui chantent, mais le présent qui change. Nous ne voulons pas d’une gauche avec ses engagements flamboyants du dimanche et sa triste réalité du lundi. Nous ne voulons pas d’une gauche des paroles, mais d’une gauche des actes.

Parce que nous sommes socialistes, nous voulons transformer en profondeur la société. Nous voulons l’extension du domaine du possible. Nous voulons que, dans toutes nos décisions, dans tous les secteurs, nous dégagions des marges de manœuvre.

Nous ne promettons pas le changement en cent jours, nous promettons le changement dès le premier jour et le changement jusqu’au dernier jour.

Et d’ailleurs, qu’est-ce qui a fait le succès des trois premières années du gouvernement de Lionel Jospin, avec le retour de la croissance, avec les 35 heures, avec les emplois jeunes, avec la hausse de l’impôt sur la fortune, ou de l’impôt sur les sociétés ? C’est que d’emblée, nous avons montré que nous ne ferions pas la même chose que ce qu’avait fait la droite.

Et puis nous nous sommes essoufflés, le flambeau de la rénovation nous est tombé des mains, et le poison de la division a fait son chemin.

Alors il faut que nous reprenions ce flambeau ici maintenant dans des conditions différentes et qu’à nouveau, nous fassions vibrer le pays.

Dans la mondialisation, il nous faut reconstruire le compromis social. Qu’est-ce qui s’est passé depuis trente ans ? Les entreprises, dans toutes les régions, dans tous les secteurs, se sont considérablement modernisées, remodelées, restructurées, et la France aujourd’hui est beaucoup plus compétitive qu’elle ne l’était il y a trente ans. Mais qui a payé ? Les salariés. Que de dégâts en termes d’emploi, que de pannes dans l’ascenseur social, que de stress dans les nouvelles organisations du travail. L’équilibre français a été rompu. A nous de le reconstruire. D’ailleurs, c’est toujours à la gauche du Front populaire, au conseil national de la résistance, de l’union de la gauche à la gauche plurielle, c’est toujours à la gauche qu’il revient de mettre la France sur ses pieds. Aujourd’hui, c’est à vous.

Pour reconstruire ce compromis social, il nous faut protéger, promouvoir, prévoir, et ce triptyque ne nuit pas à la compétitivité.

Je partage avec Henri l’idée que les salaires ne sont pas une charge, mais une chance, que le social n’est pas un frein à la production, mais un facteur de production, que la lutte contre les inégalités n’est pas une entrave à la croissance, mais une condition de la confiance. Notre horizon, ce n’est pas le marché. Certes, le marché produit des richesses, mais il ne fait pas une société. Nous, nous voulons une société, un vivre ensemble, qui, en France, porte le beau nom de République, et qui s’incarne dans un modèle social.

C’est avec ce modèle social que la droite est en rupture, et c’est pour cela qu’il nous faut maintenant inventer le socialisme du XXIe siècle. Nos camarades du NPS n’ont pas tort, lorsqu’ils demandent la rénovation de nous outils. Oui, il faut rénover notre artillerie idéologique. On ne résoudra pas les problèmes d’aujourd’hui avec des propositions des années 80, sur des idées des années 70. Et donc moi aussi, j’en appelle au renouveau. Nos adversaires ne s’appellent pas Giscard d’Estaing ou Chaban-Delmas, mais Sarkozy et Villepin.

Ces deux-là d’ailleurs, contrairement à ce qu’on a pu dire, ne sont pas différents. Ils veulent tous les deux la rupture, l’un le dit, l’autre le cache, mais les deux le font. La réforme de l’impôt sur le revenu qui est aujourd’hui en cours, ce n’est pas comme le fait traditionnellement la droite, la baisse de l’impôt des plus riches, pas seulement, c’est la mise à mal de la progressivité qui est un élément de la République. C’est la mise en cause de cent ans de justice sociale. Alors, dès que nous le pourrons, nous reviendrons sur cette mesure.

Le contrat nouvelle embauche, ce n’est pas un contrat à durée indéterminée, c’est un contrat journalier. C’est la remise en cause de cent ans de conquêtes sociales, alors quand nous le pourrons, nous reviendrons sur cette mesure. J’étais l’autre jour à Pau, je rencontrais un jeune homme, il avait un enfant... J’ai rencontré le maire et j’ai rencontré un jeune homme. Ce jeune homme, il avait un enfant, il avait un diplôme, et il avait un contrat nouvelle embauche. Il me disait : le pire, ce n’est pas lorsque j’arrive au travail tous les matins, je me demande si le lendemain matin, je serai encore là, le pire, c’est quand j’ai voulu louer un appartement, lorsque j’ai voulu prendre un crédit pour acheter une voiture, on m’a dit : désolé, vous avez un contrat précaire, vous n’avez pas assez de garanties. Peut-être, si vos parents pouvaient se porter caution, mais ce n’était pas un gamin, il avait plus de 30 ans ! Et il me dit : vous qui êtes socialiste, trouvez-vous que c’est juste ? Eh bien, non, je lui dis que ce n’est pas juste. Cette généralisation de la précarisation à laquelle se livre ce gouvernement, oui, il faudra l’abroger. Je dis bien abroger, nous n’avons pas à être inquiets devant ce terme, même si nous ne pouvons pas nous en contenter.

Sarkozy et de Villepin veulent en finir avec notre modèle économique et social, mais pas seulement avec cela. Ce que révèle la crise des banlieues, ce n’est pas, comme certains l’ont dit, que la République n’est plus capable d’assumer son rôle, c’est que bien évidemment, la République n’est présente que si elle est dans les quartiers, si elle est là quand elle est faible, quand elle est absente, quand elle est bafouée, alors on ne peut pas s’attendre à ce que les résultats soient au rendez-vous. La politique que le gouvernement vient de mener depuis trois ans est de ce point de vue un vrai désastre.

La diminution des subventions aux associations, le recul des services publics, la suppression des emplois jeunes, la réduction de la prévention. Tout ceci fait que la République a déserté un certain nombre de territoires, que l’État y est devenu faible et que la droite, à partir de là, s’en remet au communautarisme pour régler les problèmes. Ce n’est pas notre modèle.

Alors, ce centenaire de la loi de 1905, je veux le dire haut et fort, la diversité culturelle, oui, le communautarisme, jamais !

Mes amis, mes camarades, face à la rupture que veut la droite, la gauche organise la résistance. C’est nécessaire et c’est légitime, mais ce n’est pas suffisant. Le choix ne peut pas être uniquement entre la liquidation et l’immobilisme, il nous faut une voie nouvelle, je l’ai appelée le développement solidaire.

Le développement, parce que la croissance n’est pas une fin, mais la croissance est importante. Elle porte en elle l’emploi et le pouvoir d’achat et c’est pourquoi il faut la soutenir par des politiques d’innovation, de recherche, de formation par l’intervention publique. Mais nous, socialistes, nous ne pouvons pas nous contenter de l’accumulation matérielle. Parce que nous sommes socialistes, nous savons la valeur de ce qui est non marchand, de l’éducation, de la santé, de la culture, de l’environnement. Produire plus, c’est faire avancer la croissance. Mais aider un enfant à apprendre à lire, aider un malade à se soigner, c’est faire avancer le développement.

C’est donc bien le développement qui est notre objectif. Mais le développement solidaire, solidaire d’abord en France dans la lutte contre les inégalités. Oui, j’y reviens, et j’y reviens encore, la lutte contre les inégalités est au cœur de notre bataille, bien sûr en aval comme la social-démocratie le fait depuis cinquante ans par la redistribution, pas moins étendue qu’aujourd’hui, mais plus efficace, mais surtout en amont, à la racine, là où les inégalités se créent dans l’école, dans le logement, et c’est dans ce sens que vont nos propositions d’un service public de la petite enfance, de la concentration du moyen sur les ZEP, ou d’une politique du logement véritable, qui assure la mixité sociale.

La solidarité aussi entre les générations. Le temps est révolu où les questions d’environnement faisaient partie pour les socialistes d’une annexe, d’un nota bene, d’un codicille à leur programme. Aujourd’hui, le développement durable est au cœur du projet qu’est le nôtre et au cœur de la planète que nous voulons laisser à nos enfants. Cela doit se décliner sur toutes nos politiques : la politique de l’énergie avec le soutien des énergies renouvelables, la politique des transports avec le ferroutage, les normes industrielles avec la condamnation des rejets dans l’atmosphère.

Solidarité en France, solidarité avec les générations qui suivent, solidarité avec les autres nations, et avant tout, avec les nations du sud, celles qui sont les moins avancées et qui sont le plus souvent en Afrique. J’ai adhéré comme beaucoup d’entre vous au Parti socialiste parce que j’avais la conviction qu’il fallait aider le Sud. Trente ans plus tard, cette conviction s’est muée en certitude qui ne voit l’apartheid économique que créent les marchés, qui ne voit que la vraie arme de destruction massive, c’est la faim, qui voit que ce cocktail est explosif et qu’il pave le chemin du fondamentalisme religieux.

Bush a tort. L’équilibre de la planète ne passe pas par la mise au pas des pauvres du Sud, il passe par la mise au pot des riches du Nord. Et c’est notre politique qui doit l’assurer.

L’Amérique conservatrice conduit une politique dangereuse. Seule l’Europe, avec la France à sa place, peut organiser un ordre mondial fondé sur la justice. Il faut pour cela que l’Europe sorte de l’ornière dans laquelle elle est empêtrée.

Je milite comme vous tous pour l’Europe politique parce qu’elle est trop peu démocratique et trop libérale. J’ai pensé, comme beaucoup, que le traité constitutionnel permettait d’avancer. Certains socialistes ont pensé que ce n’était pas le cas. Les Français ont tranché, il faut respecter ce vote et fournir un nouvel horizon à l’Europe fait maintenant partie du mandat de notre candidat à l’élection présidentielle. Parce que nous sommes revenus au problème initial, l’Europe est trop libérale, et je veux mettre fin à cette situation dans laquelle l’Europe est vécue comme un risque et non pas comme une chance, ce que d’ailleurs chaque jour, la commission Barroso ne fait qu’aggraver.

Mes camarades, chacun le sait, il n’y a pas de plan B. Mais nul ne l’ignore, il faut que nous en inventions un maintenant.

Je veux réconcilier la gauche et la France avec l’Europe que nous voulons, une Europe puissante avec une défense et une diplomatie, une Europe économique avec un budget, une recherche et une politique industrielle, une Europe sociale avec un revenu minimum, la reconnaissance des services publics et la charte des droits, et une Europe politique avec des institutions capables de porter la voix des peuples européens.

Ici sont rassemblés beaucoup d’hommes et de femmes de gauche des partis socialistes et socio-démocrates de l’Europe. A eux, je leur dis, à toi Poul, à toi Romano, à toi Pierro*, à toi Elio*, avec ce congrès, cette majorité, les socialistes français sont de retour. Alors, nous devons ensemble construire un deuxième souffle pour l’Europe.

Mes amis, je veux terminer avec le combat qui est devant nous. Les 18 mois qui viennent seront décisifs. La droite, qui a tous les pouvoirs, a échoué. Mais même si elle a échoué, elle peut encore gagner. Or, nous, nous devons gagner car les Français ont besoin de cette alternative. Cela sera difficile. En vous le disant, je pense à cette citation de Blum, dans son premier discours au retour de la déportation, il disait : « la tâche du PS est toujours difficile, il y a pour nous les difficultés de la faiblesse et les difficultés de la force. Il y a pour nous, les difficultés de l’opposition et les difficultés de la majorité. Dans cette vie de militant, n’espérez jamais trouver une tâche facile. » 60 ans plus tard, rien n’a changé, rien n’est donné, rien n’est acquis, rien n’est facile, et pourtant, nous devons gagner.

Nous pouvons gagner, à condition d’être fiers de ce que nous sommes, fiers de ce que nous avons fait, fiers de ce que nous voulons, en un mot, fiers d’être socialistes. Je ne supporte plus que l’on discute le droit du Parti socialiste d’être dans les manifestations.

Je n’accepte plus que l’un d’entre nous ou un autre puisse être chahuté, bousculé, c’est le parti tout entier qui, dans ce cas, est molesté. Je veux que plus jamais, on puisse se faire élire sous les couleurs du PS et ensuite le faire huer dans les meetings.

Mes amis, mes camarades, pour le Parti socialiste, je demande le respect. Et pour être respecté, il faut être exemplaire. On est respecté si on a des élus et des responsables aux couleurs de la France d’aujourd’hui. On est respecté si on respecte et on promeut les femmes. On est respecté si on respecte les militants. La démocratie militante, ce n’est pas une cage de fer pour enfermer les consciences, c’est une condition d’existence pour une organisation ; pour la nôtre, c’est la garantie de la cohésion et le préalable à tous les succès futurs. Mes camarades, nous gagnerons, et ce sont mes derniers mots, si nous avons une stratégie de rassemblement, un parti identifié, un parti qui combat, qui a une ligne, une volonté, des projets, des contours, un parti qui sait où il va avec humilité, mais avec clarté et avec détermination.

Après cette clarification-là, tout est possible. Nous débattrons avec tous nos partenaires, ceux qui veulent, le gouvernement du changement, projets contre projets, idées contre idées, pas pour imposer toutes les nôtres, mais encore moins pour se voir imporser toutes les autres. Il ne s’agira pas d’organiser des combinaisons d’appareil, il s’agira de mobiliser tout un peuple. Oui, il s’agira de construire une union populaire qui entraîne, qui gagne, qui transforme, mais qui dure.

Nous constatons tous l’émiettement de la gauche. Aujourd’hui, nous disons : cela suffit, ce congrès du Mans doit être le premier pas vers le rassemblement. Partout où nous le pouvons, défendons nos idées. Partout où on nous oppose des idées, débattons. Partout où c’est possible, rassemblons, rassemblons encore, rassemblons toujours. Le point de départ doit être le projet socialiste, mais le point d’arrivée, c’est l’union de toute la gauche sur un contrat durable.

Partons de nous pour aller vers les autres, pas l’inverse. C’est le projet qui commande les alliances, pas les alliances qui sont un projet.

J’ai confiance dans la démarche que nous avons initiée avec François, avec Martine, avec Bertrand, avec Jacques, avec tant d’autres, il y a une majorité dans ce congrès, tant mieux, elle est nette, c’est parfait. Mais la majorité ne peut pas oublier ce que portent les minorités. Alors travaillons ensemble tous sur notre projet.

Mes amis, mes camarades, ouvrons un autre chemin à la gauche, construisons une autre voie pour la France. Défendons un autre projet pour l’Europe. C’est cela la grande alternative. Alors, nous serons les dignes héritiers de ce parti qu’a fondé Jaurès, dont nous fêtons le centenaire, dont ce congrès est le 74e.

Mes amis, mes camarades, la gauche a besoin de nous. Debout les socialistes, la France a besoin de vous.

Par tigrou
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Mercredi 7 décembre 2005
Ecrit fondateur du socialisme du XXIème siècle, cette note de la fondation Jean Jaurès est une merveille : tout y passe startégie, orientation : une boîte à outils pour ceux qui s'interrogent sur l'avenir de la gauche.

http://fondatn7.alias.domicile.fr/bdd/doc/notes41.pdf


Par tigrou
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Mercredi 7 décembre 2005
36 Mo quand même !

http://www.blogdsk.net/CongresduMans/DSK-congresdumans.wmv
Par tigrou
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Lundi 19 décembre 2005
DSK a écrit cet article pour la célèbre revue américaine

http://www.blogdsk.net/dsk/files/on_a_modern_path.doc
Par tigrou
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Lundi 16 janvier 2006
Intervention de Dominique Strauss-Kahn
Samedi 14 janvier 2006
Voeux de la fédération du Val-de-Marne
L’Haÿ-Les-Roses



Merci,

Merci d’être venu ici ce soir à L’Haÿ-Les-Roses pour les vœux de Patrick Sève, mon ami, votre maire et de Michèle Sabban, première secrétaire fédérale du Val de marne, et grande figure nationale de la cause des femmes.

Les vœux, c’est à la fois un rituel et un plaisir. Rituel, parce que chaque année nous nous souhaitons mutuellement du bonheur, et que pourrait-on se souhaiter de plus ? Mais aussi un plaisir car nous nous retrouvons devant la « page blanche » de l’année politique que nous allons écrire ensemble.
 
Michèle et Patrick ainsi que les élus du Val de Marne que je vois dans cette salle : René Rouquet, Serge Lagauche, Jean-Yves Le Bouillonnec, Isabelle Zehra, Laurent Cathala ont eu la bonne idée de me faire débuter l’année à l’Haÿ-Les-Roses. C’est un beau symbole en somme pour un responsable politique socialiste de débuter l’année au milieu des roses, à deux pas de la roseraie de l’Haÿ.

J’aime les roses ! Et elles sont magnifiques à chaque floraison, je vous encourage à aller les voir. Les goûts et les couleurs, cela ne se discute pas mais moi, j’aime la rose rouge. Je ne déteste pas la rose sombre aux couleurs extrêmes, mais elle est bien souvent faite d’apparences, c’est le coté obscur de la rose. J’ai parfois un faible pour le vieux rose aux couleurs d’antan, mais ce rose très à la mode en ce moment est un peu passé. Je ne suis pas fanatique de ces roses aux couleurs du temps qui ne durent q’un instant. Non, j’aime la rose rouge ! La rose qui est authentique et dont l’odeur stimule l’imagination. Enfin, la rose socialiste quoi ! à la fois belle, durable et qui pique lorsqu’on s’y frotte…

Merci donc à Patrick pour cette invitation dans une ville qui a besoin de retrouver avec son maire un peu de bonheur. L’année fut rude pour vous, je le sais. Il ne s’agit pas de l’oublier comme l’a fort bien dit Patrick mais de se tourner vers l’avenir. Et vous avez une belle équipe pour cela…

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*     *

Je profite de cette invitation… fortuite… pour vous présenter mes meilleurs vœux à vous d’abord, à la France ensuite, à la gauche enfin.

A vous qui êtes ici, je souhaite une année douce où vous réaliserez vos rêves… Si ce sont les mêmes que les miens, tant mieux ! Je vous souhaite une bonne santé et un peu de bonheur dans ce monde difficile.

Et au delà de vous, j’adresse aussi mes meilleurs vœux à la France, à la France qui peine, à la France qui gagne, à la France qui espère.

Je ne pense pas que la France aille bien, mais les Français n’en sont pas responsables. Ce sont les gouvernants d’aujourd’hui qui bloquent toutes les issues pour la France. Ce sont ces gouvernants qui brident, cadenassent, mutilent l’espoir. Oui ! L’espoir car je n’ai qu’une ambition : redonner l’espoir.
Ce sont ces gouvernants adeptes du « toujours mal » pour les Français et du « toujours moins » pour la France qui provoquent la déprime. J’ai entendu le Premier Ministre fustiger les « déclinologues », ceux qui dissertent sur le déclin de la France, mais qu’est-il lui même sinon un « déclinopracteur », un de ceux qui orchestrent le déclin de la France ? Que doit-on penser d’un gouvernement qui explique que son grand œuvre ce sera de réduire le déficit pour le ramener là où il était avant que la droite prenne le pouvoir ? Pire, ceci n’équivaut pas seulement à n’avoir rien fait – ce qu’on pourrait encore leur pardonner – mais à avoir aggravé la situation parce que dans l’intervalle le déficit aura été plus grand, la dette plus lourde, l’avenir plus sombre. Il nous demande de l’humour et de la tendresse, n’est ce pas se moquer de nous.

C’est pourquoi les Français veulent changer la France. Les Français veulent un devenir pour leurs enfants. Ils constatent chaque jour comment la société française s’effrite, s’émiette, s’enkyste. Ils constatent le parcours du combattant qu’il faut faire pour réussir à s’en sortir. Ils constatent l’empilement des inégalités qui finissent par entamer la volonté.

Oui ! La société est en miettes. La France est en panne.
Oui ! Il faut sauver les enfants perdus de la République.
Oui ! Il faut un nouveau cap !

La France a besoin de solutions. La France a besoin d’imagination. La France a besoin de résolution.
Et je placerai donc cette année mon action sous ce triptyque : solution, imagination, résolution.

Il faut se tourner vers l’avenir. Et il ne faut pas croire que les problèmes de la France soient sans solution. Mais pour avancer, il faut d’abord énoncer un préalable. Je l’ai dit lors du congrès du PS au Mans, je le répète aujourd’hui devant vous. Vous m’entendrez le dire et le redire sans relâche : la gauche est prête, et elle ne veut faire ni ce que fait la droite ni ce que fit la gauche.

Nous allons donc donner naissance en cette année 2006 à une « nouvelle gauche » dont le dessein sera la renaissance française. Ce qu’il faut, c’est redonner aux français l’espoir que ça bouge ; l’espoir que leur vie change. Il faut pour cela, faire un immense effort d’imagination, pour soigner les trois plaies françaises : la première s’appelle le chômage, la deuxième s’appelle l’inégalité, la troisième s’appelle la précarité.

Tout se tient. Dans une société précaire où les inégalités explosent, la volonté nationale se dissout. Et là où il n’y a plus de volonté, il n’y a ni protection, ni projection, ni innovation. La nostalgie et la mélancolie dominent. J’en veux pour preuve le succès phénoménal de l’exposition parisienne sur la mélancolie. La France n’est pas tournée vers l’avenir, vers l’espoir nouveau, la conquête de nouveaux droits, la réalisation d’une société juste. Elle tourne en rond et ressasse son passé.

Eh bien tournons la France vers l’avenir ! Montrons aux Français le chemin d’une société juste, combattons la société précaire que construisent jour après jour Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin. Pour cela il faut une volonté. Mitterrand aimait à dire « là où il y a une volonté, il y a un chemin ». Et où il y a un chemin, il y a de nouveau l’espoir pour les millions d’hommes et de femmes qui ne croient plus en rien.

Mes amis,
Tous ensemble nous sommes la force !
Tous ensemble nous sommes le nombre !
Tous ensemble nous sommes l’imagination pour rendre à la France son destin, pour construire son renouveau !

Ce n’est pas une question de recettes ! Les recettes, nous savons que nous les avons : sur le pouvoir d’achat avec la conférence salariale, sur le logement avec notre plan « 200 000 logements », sur l’école avec le service public de la petite enfance, sur les banlieues avec la recherche de l’égalité réelle et le service civique, sur notre indépendance énergétique avec notre proposition de développement des énergies non polluantes. Que sais-je encore ? Le temps viendra où j’en ferai le catalogue précis et exigeant.

La gauche n’a pas à faire ses preuves, elle sait gouverner !
Par contre la gauche doit incarner un nouveau chemin pour le pays.

Notre but c’est la fin de la « société précaire », notre moyen c’est de construire un nouveau compromis entre les forces sociales aboutissant à un nouveau partage de la valeur ajoutée.

Je ne veux plus revoir dans mon pays les visages défaits de ces ouvriers que j’ai rencontré chez Sediver dans l’Allier, chez ABB en Seine-et-Marne, ou ceux du textile dans le Nord à Wattrelos. Si la gauche ne s’occupe pas de la protection des ouvriers, qui le fera ? Si la gauche ne s’en occupe pas, alors à quoi sert la gauche ?

Ce sera l’un des grands chantiers de la gauche, peut-être celui qui est le point de départ de tous les autres : bâtir la sécurité sociale du XXIème, une véritable sécurité sociale professionnelle, celle qui protégera les salariés contre les méfaits de la mondialisation. Imaginez mes amis la confiance retrouvée des salariés de notre pays, s’ils se savent protégés.  Alors bien sûr, il faudra trouver les financements. J’ai fait une proposition; il peut y en avoir d’autres. Mais quoi qu’il en soit, la France est un pays riche, elle doit trouver le moyen de protéger ses salariés.

Je sais que les Français ont, comme moi, cette envie d’un nouveau départ, ce désir de tourner la page des années Chirac. Je perçois dans mes rencontres avec les Français un espoir pour autre chose, à une France en mieux !

Mes amis,
Ce que je veux vous dire –même si vous le savez déjà- c’est qu’il n’y aura pas d’amélioration avec la droite en place. On ne peut rien faire avec des responsables politiques enferrés dans l’idéologie libérale. Cette droite qui ne veut pas un compromis entre le travail et l’argent mais demande au travail de se sacrifier pour l’argent.

Cette droite qui casse, cette droite qui brise, cette droite qui rogne.
Elle n’est pas l’avenir de la France. Elle n’est que l’image jaunie d’un passé révolu.

Eh bien ! Je forme le vœu qu’en 2006 se lève un vent nouveau, celui du grand changement ! De la grande alternative ! La France doit en finir avec l’UMP et le règne de Jacques Chirac. Il faut le dire, il faut le redire. Nous allons mettre la droite dehors. Cela a commencé dans les régions, cela doit se poursuivre dans la nation !

*
*     *

Mes amis,
Nous avons appris de nos erreurs passées. Nous avons compris le message des Français, nous avons entrepris de nous renouveler. Nous mesurons la tâche. Elle est immense. Construire le renouveau dans un monde instable n’est pas précisément une sinécure. Mais voilà pourquoi la période est exaltante.

Tout le monde a les yeux rivés, à juste titre, sur le Proche et le Moyen Orient.  Et je e suis inquiet comme vous de la double détérioration chez les israéliens et chez les palestiniens. Je ressens l’empêchement d’Ariel Sharon et la déstabilisation de Mahmoud Abbas comme un drame.
Je pressentais l’embourbement en Irak. Je ne vois aujourd’hui qu’une difficile stabilisation.
Je redoutais la dégradation en Iran et je ne vois que l’engrenage. Et faut-il évoquer le Liban ou la Syrie ?

Depuis quelque temps, chacun regarde, et c’est normal, vers l’Est où les Français ont découvert leur dépendance énergétique à l’égard de la Russie de Monsieur Poutine. Il y a trente ans, on qualifiait le régime soviétique de complexe militaro-industriel. Aujourd’hui la Russie est sous l’emprise d’un bloc politico-énergétique. La Russie est un grand pays nécessaire à la stabilité du monde. Mais elle ne peut pas honorer sa place au G8 sans maîtriser sa puissance à l’extérieur de ses frontières, comme à l’intérieur.

Tout le monde s’attend à de nouveaux soubresauts terroristes, tant la haine totalitaire s’est emparée de certains qui détournent les fondements de la religion islamique.

Mais à l’instabilité économique mondiale, à la ligne de feu qui partage le Nord et le Sud, se rajoutent aujourd’hui d’autres préoccupations.

D’abord les pandémies qui se propagent comme la grippe aviaire où l’on nous tient dans l’ignorance et où nous prenons du retard. Je veux m'arrêter un instant sur ce sujet. Le développement de la grippe aviaire nous montre a quel point les relations internationales ne peuvent plus se limiter a la géopolitique et a l'économie. L'avancée de la maladie en Chine et en Turquie appelle de nouvelles réponses, je veux me prononcer devant vous pour un droit d'ingérence sanitaire à l'échelle mondiale. C'est une question de solidarité et de responsabilité. De solidarité, car nous ne pouvons détourner notre regard de la santé de peuples entiers, même quand la maladie n’est pas chez nous. De responsabilité, car dans le monde global où nous vivons, les pandémies n'ont pas de frontières. J'entends porter cette idée dans les semaines qui viennent.

A tout cela s’ajoute une question nouvelle qui va prendre le monde à revers : l’Amérique Latine. Regardez comment les peuples d’Amérique Latine recherchent par approximations successives un autre chemin. Je ne parle pas seulement de Morales après Lula ou Chavez mais de la possible victoire de la gauche au Chili. La donne se modifie !

Face au libéralisme échevelé, à la banqueroute des États, à l’extrême pauvreté, au talon de fer américain, ces peuples recherchent un renouveau à gauche. Je ne sais pas à cette étape comment réagira l’administration Bush qui voit dans l’Amérique Latine son arrière-cour, mais ce que je sais c’est qu’en 2006, c’est le tour de l’Amérique Latine.

Mes amis,
Dans un monde instable, il faut une vision claire et des idées neuves.
C’est le cas pour l’Europe. Malheureusement, tout ce que nous avions prévu se réalise. Il n’y a ni plan B, ni budget viable, ni projet praticable. De tous les défauts de la décennie Chirac, celui-là est le plus tragique car il handicape notre avenir tout en précarisant notre présent.

Il faut une relance Européenne. Cet après-midi à Bruxelles, j’ai réuni, autour de mon association « A gauche en Europe », plusieurs cercles de réflexion venus de toute l’Europe. Nous avions là des Français, des Anglais, des Allemands, des Italiens, des Espagnols, des Hongrois, d’autres encore.  Nous faisons plusieurs propositions pour avancer. Le traité constitutionnel ayant été rejeté par les Français, je propose avec des acteurs majeurs de toute l’Europe un nouveau chemin pour l’Europe politique. Cette question a divisé le pays, comme elle a divisé la gauche. Ceci est derrière nous, mais on ne peut faire comme si rien ne s’était passé. Je sais tourner les pages, mais je n’ignore pas ce qui était écrit dessus.

Voilà pourquoi je veux former un vœu pour la gauche. Comme vous tous, je regarde alentour et aucun des mouvements ne m’échappe, ni l’embellie des uns, ni la précipitation des autres, ni l’activisme des derniers. Tout cela est bien, mais je ne vois là ni programme ni stratégie.

Je vois par contre, comme vous tous, la difficulté à s’unir, à se rassembler. C’est pourquoi je suis fier d’avoir réuni la gauche contre l’aspect prétendu positif de la colonisation. Non seulement contre le texte lui même, évidemment. Mais contre ce qu’il exprimait avec le soutien de toutes les droites : une tentation fâcheuse à regarder Le Pen au fond des yeux !

Mais voilà la gauche est bêtement divisée et moi, je ne veux pas revivre 2002. Si une candidature unique était possible, si elle se révèlait praticable via des primaires, je serai le premier à dire « bravo » ! Mais pour cela, il ne fallait pas construire le mur des deux gauches au travers d’un référendum incertain. Et nous voilà empêtrés maintenant sur la question de la présence des trotskystes à un sommet de la gauche. Franchement nous frisons le ridicule. Il y a d’autres questions plus graves, plus urgentes, plus déterminantes pour le pays. Parfois on croit rêver !

Le PCF, les Verts, la LCR vont avoir dans les semaines à venir leur congrès. Tout le monde comprend qu’ils soient dans l’attente. Il faut prendre cela en compte et faire des propositions nouvelles. Je mets donc en discussion une proposition en deux points : un programme minimum de critique de la droite et un programme commun de gouvernement.

Nul ne peut être exclu de ce programme minimum de critiques radicales des années Chirac. Maintenant que la droite a gouverné, chacun peut constater que la droite et la gauche ce n’est pas du pareil au même. Une première déclaration fixerait donc le cadre du deuxième tour : tous contre la droite. Et cette déclaration définirait aussi la ligne de conduite de tous au premier tour : personne ne doit confondre la gauche et la droite.

Mais d’un autre coté, nul n’est obligé de gouverner avec nous. Aussi, dans un deuxième temps, nous pourrions avec ceux qui veulent concrètement changer la politique de la France, construire un programme commun. Il doit être audacieux et réaliste, alternatif et praticable.

Il ne s’agit pas d’un programme unique de la gauche mais d’un programme commun de formations qui ont un objectif clair : gouverner ensemble pour le renouveau économique et social de la France. Il doit être court, dix questions d’urgence à traiter en cinq ans. Il doit être novateur, il doit s’agir d’un contrat durable, une sorte de gouvernement du bien public.

Vous comprenez que la première déclaration commune contre la droite m’importe moins que le programme commun pour la France.  Je ne souhaite pas ouvrir un débat programmatique avec la LCR, Arlette Laguiller, ou Jean-Pierre Chevènement. Cela tournerait obligatoirement au débat idéologique, à la confusion, aux délimitations artificielles. Mais je souhaite créer les conditions de l’union, un renouveau et de l’action et surtout de la distinction entre la droite et la gauche. C’est essentiel pour redonner espoir au pays.

*
*     *

Pour ma part, vous le voyez, je travaillerai à l’alternative.
J’irai à mon rythme sans me laisser influencer par les modes successives. Je suis un homme libre et je dirai ce que je pense. J’ai aussi des obligations socialistes et en tant que secrétaire national aux élus, je compte déclencher dans le pays un grand mouvement de contestation d’élus que la France ait connu. Je trouve lamentable, inexcusable, l’étranglement des libertés locales. Je trouve condamnable cette tentation, chaque jour renouvelée par le gouvernement, de faire supporter aux élus locaux les turpitudes de son action.

Moi je suis prêt, j’ai une orientation, des solutions.  J’ai mon calendrier et je m’y tiendrai. Je ne précipite rien, je n’exclus rien. Je trace ma route parce que je veux faire mûrir et grandir une grande union populaire pour redonner l’espoir. Je la sens là parmi nous, prête à se déployer.

Je l’envisage, je l’imagine. Mais c’est une autre histoire. Aujourd’hui ce n’étaient que les vœux. Ceux d’une renaissance française, portée par une gauche rassemblée, d’un espoir enfin retrouvé traduit par un gouvernement répondant à l’urgence publique. Voilà notre feuille de route, alors, en attendant comme le dit ce beau film de George Clooney : « Good night and good luck ! »
Par tigrou
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Lundi 16 janvier 2006

par
DOMINIQUE STRAUSS-KAHN, MASSIMO D'ALEMA, ANNA DIAMANTOPOULOU, KINGA GÖNCZ, BRUNO LIEBHABERG et DIEGO LOPEZ GARRIDO

Les Echos, 13 janvier 2006


Depuis les « non » français et néerlandais, l'Europe est en panne. Il appartient aux politiques que la crise ne soit pas délétère, mais salutaire. La relance ne sera pas assurée par des gouvernements qui, dans leur majorité, se satisfont de l'échec du Traité constitutionnel. Elle ne peut venir que de la gauche progressiste, celle qui place l'Europe au cœur de son projet politique. C'est notre responsabilité historique.

Tout en tenant compte de l'approbation du Traité par de nombreux Etats membres, nous avons la volonté de tirer les leçons des « non » populaires et, plus largement, du malaise grandissant face à l'Europe telle qu'elle se construit. Les citoyens européens expriment trois critiques - qui nécessitent autant de réponses.

Première critique : l'Europe est inefficace. Les citoyens ont le sentiment que l'Europe a échoué sur son domaine de compétences - l'économie. Ils ont raison. Depuis le milieu des années 1990, l'Union est une des zones du monde où la croissance est la plus faible. Nous sommes rattrapés par les pays émergents, décrochés par les Etats-Unis. Tant que l'Europe existante sera défaillante, les citoyens refuseront de poursuivre la construction européenne. Il y a pourtant un agenda européen pour la croissance, qui fait l'objet d'un large consensus. Il comprend un volet structurel, « le programme de Lisbonne » : assurer la transition de l'économie industrielle d'hier vers l'économie de la connaissance de demain, en investissant massivement dans l'avenir - recherche, enseignement supérieur, innovation, infrastructures. Et un volet macroéconomique : piloter la zone euro. Nous avons créé une zone économique intégrée, mais nous ne la gérons pas et, partant, nous ne valorisons pas ses potentialités.

L'agenda est là, mais il n'est pas appliqué, faute d'instruments. L'Europe économique est un projet inachevé. Elle est au milieu du gué et elle prend l'eau. Pour l'en sortir, nous devons la doter des compétences - législatives, budgétaires, institutionnelles - nécessaires à la mise en oeuvre de son agenda de croissance. Cela implique notamment la mise en place d'un « Conseil des ministres pour la croissance » chargé d'adopter à la majorité les lois nécessaires, une augmentation et une réorientation massives du budget de l'Union vers les priorités d'avenir, et l'institutionnalisation de l'Eurogroupe (la réunion des ministres des Finances de la zone euro) afin qu'il puisse coordonner efficacement la politique économique, notamment budgétaire et fiscale.

Deuxième critique : l'Europe est insuffisamment protectrice. Les citoyens sont demandeurs de protections européennes. Parce que cela correspond à leurs valeurs communes. Et parce qu'ils ont besoin des soutiens nécessaires pour réussir dans un monde globalisé, plus mouvant, plus exposé. Or ils ont le sentiment que l'Europe n'est pas un rempart face à la mondialisation - pis, qu'elle en est parfois le cheval de Troie. Cette situation n'est pas soutenable. L'Europe doit répondre aux attentes des Européens. Elle seule a la masse critique pour assurer la couverture des nouveaux risques nés de la mondialisation. C'est pourquoi le projet européen doit s'étendre à la protection des citoyens sur le plan social, environnemental et sécuritaire. Nous devons bâtir l'Europe-providence du XXIe siècle, qui émancipe et qui protège.

Nous formulons trois propositions prioritaires en matière sociale : un revenu minimum européen, traduisant le droit fondamental du citoyen européen à un niveau de vie minimal ; la sécurité sociale professionnelle comme premier droit social européen, garantissant les salariés contre les ruptures professionnelles provoquées par le nouveau capitalisme globalisé ; et un fonds de soutien pour la petite enfance, pour équiper tous les citoyens du « capital cognitif » nécessaire dans l'économie de la connaissance. Dans le domaine de la justice et des affaires intérieures, il n'est plus concevable de prétendre lutter de manière optimale contre la criminalité organisée et la menace terroriste ou encore de gérer efficacement nos frontières extérieures, pour ne prendre que ces exemples, sans approfondissement institutionnel permettant de dépasser le cadre étriqué des prérogatives nationales. La liberté, la sécurité et les droits de nos citoyens, le concept même de citoyenneté européenne en dépendent.

Troisième critique : l'Europe n'a pas de légitimité démocratique. Les citoyens ont le sentiment de ne pas avoir de prise sur les décisions européennes. Ils veulent que l'Europe se fasse avec eux, pas sans eux, encore moins contre eux. L'écart entre une Union à fort contenu politique et à faible légitimité démocratique est insoutenable. Faire émerger l'Europe démocratique est un impératif catégorique. Il implique une réforme institutionnelle. Un des principaux enjeux est la transformation de la Commission en un véritable exécutif démocratique de l'Union, élu par le Parlement, issu de la majorité politique sortie des urnes et, ainsi, responsable devant les citoyens.

Mais les institutions ne constituent qu'un aspect. Elles s'expriment, mais les citoyens ne les entendent pas - et inversement. Il manque à l'Europe un espace démocratique animant la vie publique européenne, connectant citoyens et institutions. Quelques réformes clefs contribueraient à sa création. D'abord, placer le choix du président de la Commission au cœur des élections européennes. Celles-ci en seraient renforcées : désigner le chef du gouvernement est l'enjeu politique principal de tout scrutin législatif. Ensuite, choisir les commissaires parmi les députés européens : l'attractivité des élections européennes sur les responsables politiques en serait rehaussée. Autre réforme, réserver une fraction des sièges du Parlement européen (par exemple 20 %) à des parlementaires élus sur des listes paneuropéennes : cela stimulerait le débat européen en déconnectant l'élection de la scène nationale. Enfin, procéder à la proclamation unifiée des résultats des élections européennes - ce qui induirait une lecture européenne, et non plus nationale, du scrutin.

Restent les citoyens. C'est l'un des enseignements politiques majeurs de l'expérience du Traité constitutionnel : nous voulons faire l'Europe, mais il nous faut faire des Européens. L'émergence de la conscience européenne peut être facilitée par une multitude d'initiatives. Nous proposons notamment la généralisation du programme Erasmus, l'enseignement de l'histoire, des cultures et des institutions européennes dans les lycées, l'enseignement obligatoire d'une deuxième langue européenne dès l'école primaire, un soutien financier accru à la production d’œuvres culturelles européennes, la création d'un grand média audiovisuel public à vocation européenne ou encore la mise sur pied d'un forum permanent de débat sur l'Europe dans chaque Etat membre.

Faire de l'Europe économique un succès. Bâtir l'Europe-providence qui émancipe et qui protège. Faire émerger l'Europe démocratique. Tels sont les axes de l'initiative pour une relance de la construction européenne que nous avons élaborée dans le cadre de nos « think tanks ». Il revient maintenant au parti des socialistes européens et, au-delà, à tous les progressistes d'en faire leur priorité politique.

DOMINIQUE STRAUSS-KAHN est député (PS) et fondateur d'A Gauche en Europe. MASSIMO D'ALEMA est ancien Premier ministre d'Italie et coprésident d'Italiani Europei. ANNA DIAMANTOPOULOU est députée en Grèce et ancien commissaire européenne. KINGA GÖNCZ est ministre de la Jeunesse, de la Famille, des Affaires sociales et de l'Egalité des chances en Hongrie. BRUNO LIEBHABERG est président de Gauche réformiste européenne en Belgique. DIEGO LOPEZ GARRIDO est député et porte-parole du groupe socialiste au Parlement en Espagne
Par tigrou
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Jeudi 19 janvier 2006

Axe n°1 : la lutte contre le chômage

Proposition 1 : la garantie permanente d’activité.

Cette proposition englobe la sécurité sociale professionnelle. Le problème du chômage en France n’est pas celui du nombre de chômeurs, mais celui du nombre d’emplois. L’idée que je défends est celle d’un bouclier social pour mettre un terme à cette société précaire via la garantie permanente d’activité d’un statut pour les actifs. Du début à la fin de la vie active, l’activité est permanente même en dehors de l’entreprise ou des administrations. Toutes les périodes de la vie d’un actif (travail, formation, mobilité) sont des périodes d’activité. Il faut en finir avec l’idée que les personnes qui ne travaillent pas parce qu’elles cherchent à se former sont un fardeau pour la société. Elles sont productives et représentent un investissement pour l’avenir. Une carte trajectoire individuelle, à l’image de la carte vitale, conservera la mémoire de l’ensemble des droits et retracera les grandes étapes de la vie active de chacun (formation, activités…).

roposition 2 : La lutte contre la société précaire.

Pour limiter les emplois précaires et à la multiplication des contrats à durée déterminée (CDD, CNE, CPE), je propose d’encourager les entreprises à embaucher des salariés sous contrat à durée indéterminée. Comment ? En utilisant l’instrument fiscal. Le calcul de l’assiette de l’impôt sur les sociétés prendra en compte la masse salariale « à durée indéterminée » de l’entreprise. Plus une entreprise comptera dans ses rangs de salariés en situation en CDI, plus son impôt sur les sociétés baissera. L’intérêt des entreprises sera donc de participer pleinement à la lutte contre la précarité.

Proposition 3 : création d’une agence de réindustrialisation

Il faut mettre l’intervention publique au service des territoires. Notre tissu industriel est menacé par des phénomènes de délocalisations et par une disparité de traitement selon les zones. C’est pourquoi je propose la création d’une agence de réindustrialisation et la mise en oeuvre d’un mécanisme de « nationalisations temporaires ».

Axe n°2 : les inégalités

Le modèle français d’Etat Providence est toujours fondé sur la redistribution. On compense après coup les inégalités créées par le marché. Il faut aujourd’hui le compléter par une réduction des inégalités à la racine.

Proposition 4 : gratuité des soins jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire

La santé est un facteur d’inégalités majeur chez les jeunes. De nombreuses études montrent que cela pèse en particulier sur la réussite scolaire. Je propose la gratuité des soins jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire.

Proposition 5 : création d’un service public de la petite enfance et un maximum de 15

élèves par classe en ZEP.

Proposition 6 : le système du « salarié franc »

Le problème est simple : les jeunes de banlieue sont discriminés à cause de leur origine géographique. Je propose la mise en place d’un système de « salarié franc ». Ainsi, les entreprises qui embauchent des jeunes venant de ces zones sont gratifiées d’une prime ou d’une baisse de cotisations sociales. Ce n’est pas la zone que l’on privilégie, mais les gens qui y habitent.

Proposition 7 : création de « nouvelles villes »

La demande de logement social explose : situations de surpopulation et file d’attente se multiplient. Le foncier est trop cher et donc difficulté à construire des logements sociaux autant qu’on en voudrait. Pour échapper au coût du foncier et à celui des barres que l’on met les unes derrière les autres, il faut créer des « nouvelles villes ». Il nous faut une volonté d’aménagement du territoire adapté aux mutations urbaines et aux nouvelles formes d’organisation du travail en tirant les leçons de l’expérience des villes nouvelles.


Axe n° 3 : le développement durable

Proposition 8 : réussir le pari du post-nucléaire

Nous assistons aujourd’hui à une dépendance énergétique accrue. On l’a vu récemment avec le gaz entre la Russie et l’Ukraine ou l’augmentation du prix du pétrole. Nous connaissons les difficultés du nucléaire dans un pays comme le nôtre. Pour y répondre, il faut concentre un effort de recherche massif sur les questions de l’énergie propre. La France a fait dans les années 50 le pari du nucléaire et elle a réussi. Elle doit aujourd’hui faire le pari du post-nucléaire et le réussir.


Proposition 9 : création d’une Cour et d’une Police de l’Environnement

Notre pays connaît une grande opacité sur les politiques environnementales. Les citoyens n’y ont que peu de place. Il faut mettre en place une Cour de l’Environnement et une police de l’environnement. Cette Cour pourra être saisie par les citoyens sur les différents problèmes d’atteinte à l’environnement. Comme la Cour des Comptes, cette Cour rendra des rapports indépendants, des rapports au Parlement, qui permettront d’intégrer le respect des normes environnementales dans les politiques publiques.

Proposition 10 : le droit d’ingérence sanitaire

Le problème c’est que la mondialisation facilite la circulation de souches virales difficilement contrôlables. Il faut donc mettre en place un droit d’ingérence sanitaire. Il faut qu’existe au niveau mondial un instrument permettant de gérer ce droit d’ingérence.

Axe n°4 : la sécurité

Proposition 11 : pour un continuum de sécurité

Sarkozy a échoué parce qu’il a sécurisé les centres-villes et a conduit une politique du coup de poing dans les banlieues. Les incidents du mois de novembre, ainsi que
ceux survenus sur le réseau ferroviaire, le démontrent. Je ne sais si la gauche aurait fait mieux, mais la droite a échoué. Sarkozy a déshabillé les uns pour habiller les
autres. Ainsi, pour créer la police du train, il a pris des effectifs en banlieue (Alfortville par exemple). Il faut aujourd’hui créer un continuum de sécurité pour les Français du départ de chez eux le matin au moment où ils rentrent le soir. C’est la condition d’une sécurité durable.

Proposition 12 : recréer le lien avec la République

Il est nécessaire de recréer le lien avec la République si  l’on veut assécher la » fabrication » des délinquants. Cela suppose le retour des services publics dans les quartiers,
la mise en place d’un service civique obligatoire de six mois avec pour objectif de recréer le lien entre la jeunesse et la République.

Proposition 13 : éviter la récidive par une politique de sanction qui favorise la réinsertion

Soyons clairs : la politique carcérale et sa surpopulation chronique dans notre pays favorise la récidive. Le but de la prison, c’est d’en sortir, non pas d’y retourner. Il faut
donc faire évoluer notre politique judiciaire en développant les alternatives à l’enfermement. Cela concerne les petits délits et les maisons d’arrêt, évidemment pas les maisons centrales avec les grands trafiquants/criminels.


Axe n°5 : la démocratie

Proposition 14 : le mandat unique pour les parlementaires

Je suis fondamentalement parlementariste, c’est un système idéal, comme le sont les démocraties européennes voisines (GB, Espagne...). Mais les Français sont très attachés à l’élection au suffrage universel direct du Président de la République depuis 1962. Il n’est
pas question de revenir là-dessus. Le rêve du régime parlementaire doit être laissé de côté. Ma conception n’est pas d’aller vers plus de pouvoirs au Président de la République. Il faut donc équilibrer les pouvoirs au profit du Parlement. La mère de toutes ces réformes est le mandat unique des députés. C’est le cœur du sujet. Le mandat unique permettra de changer le mode de fonctionnement de la Vème République.

Proposition 15 : La volonté d’exercer sa citoyenneté en France doit permettre d’accéder à la nationalité.

Depuis Mitterrand, nous n’arrivons pas à faire avancer le couple droit de vote des immigrés/accès à la nationalité française. Je propose de renverser le problème. Les
étrangers qui remplissent les conditions pour demander leur naturalisation, s’ils souhaitent s’engager dans l’exercice de la citoyenneté dans notre pays, pourront s’inscrire sur les
listes électorales et rejoindront la communauté nationale en exerçant leur droit de vote. « tu votes, tu es français ».

Par tigrou
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Vendredi 14 avril 2006

Quatre ans après la flamme et la cendre, deux ans après Pour l'égalité réelle, un an après Oui ! DSK revient en librairie.

De quoi va-t-il parler ?

réponse bientôt sur ce blog !

Par tigrou
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Mardi 18 avril 2006

 

tout est dit

Par tigrou
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Vendredi 21 avril 2006

Pour France Soir

France Soir va mal depuis plusieurs années, plusieurs décennies même. Aujourd'hui, alors qu'un projet de reprise du journal contestable semble se dégager, j'ai voulu dire aux journalistes et aux salariés de France Soir que leur combat était noble et devait être soutenu. C'est le combat du pluralisme et d'une certaine conception du journalisme qui les honore. C'est à ce titre un combat pour la démocratie et j'y souscris pleinement. Vous pouvez retrouver leur blog sur www.francesoirenlutte.com 

 

 

France-Soir est une figure historique et incontournable de la presse française. Certes, depuis Lazareff, les temps ont changé. La presse gratuite a bousculé ce marché, les médias d'information se sont multipliés. Mais ni l'explosion d'Internet, ni comme le souligne Dominique Wolton sur le blog de France Soir « l'écrasement par l'audiovisuel » de la presse écrite n'excuse ou ne justifie le sort qui est réservé aux journalistes. Le projet d'un France Soir sans politique, sans culture, versant dans la presse à sensation, serait une erreur majeure et signerait la mort d'un grand journal. Maintenir l'exigence de qualité et de rigueur d'un journal, cela peut avoir un coût pour la puissance publique mais il n'est rien au regard de ce qu'il nous apporte et de ce qu'il préserve.

 

 

L'heure n'est pas à la polémique mais à l'action. J'exhorte donc le ministre de la Culture et de la Communication à prendre des mesures fortes et immédiates visant à redonner vie à France-Soir. Ce journal mérite un projet cohérent et ambitieux ainsi qu'une ligne éditoriale de qualité.

 

 

La dernier une du journal, « Résistance », résume à elle seule l'ampleur et la noblesse de ce combat.

 

 

Soyez certains de ma solidarité et de mon soutien.

 

 

dsk

Par DSK
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