Vendredi 2 juin 2006
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L'homme qui se voit candidat et plus
Alors que la concurrence oppose au sein du seul Parti socialiste les prétendants affichés à la candidature pour la présidentielle 2007, Ségolène Royal, Laurent Fabius et les potentiels Jospin, Hollande, Lang, Montebourg ou Kouchner, Dominique Strauss-Kahn continue seul sa campagne comme s'il était certain d'être le candidat investi. Après avoir présenté quinze propositions en janvier, il vient de publier 365 jours (éd. Grasset) dans lequel il réagit au jour le jour à l'actualité, histoire de montrer ses capacités de gouvernance et de réaction en situation. Aujourd'hui, DSK est confronté à un double problème, le candidat officiel du PS ne sera déterminé qu'à la fin de l'année et Ségolène Royal le devance largement dans les sondages. Il doit donc exister et convaincre qu'il est l'homme de la situation face à la candidature de Nicolas Sarkozy. Il semble persuadé que Fabius n'a pas su rassembler les partisans du « non » au référendum et que Royal n'a pas les épaules pour affronter le ministre de l'Intérieur. DSK vainqueur de la course entre le lièvre et la tortue ? Les militants PS dicteront la fin de la fable.
A. S. 20minutes
Interview de Dominique Strauss-Kahn, candidat PS à l'élection présidentielle de 2007.
Comment comptez-vous vous différencier des candidats à gauche ?
La campagne présidentielle sera centrée sur l'emploi, le pouvoir d'achat, la précarité et les inégalités. Je veux montrer comment on peut apporter des réponses à ces questions dans une économie mondialisée. Sans cela, le PS peut avoir le meilleur programme, on ne fera rien.
Seulement, la campagne entre les socialistes n'est pas finie...
Elle commence ! L'objectif est de battre Sarkozy dont le projet est dangereux pour le modèle social. Il faut avoir la preuve que notre candidat soit capable de le faire, les sondages un an à l'avance ne suffisent pas. Seul un débat entre les candidats socialistes peut déterminer cela. On le doit aux militants dont 75 000 viennent d'adhérer précisément pour dire leur mot.
Parmi vos propositions, vous défendez une réforme du système universitaire...
La 1re faculté française apparaît au 52e rang du classement mondial parce que notre système ne peut faire vivre les universités. Nous devons mettre le paquet dans l'enseignement supérieur et l'Etat devra assumer ses responsabilités. Il faut que les universités et laboratoires tissent davantage de liens avec le secteur privé et aient plus d'autonomie dans leur fonctionnement. Pour cela, leur financement peut être confié aux régions à qui on affecterait directement une augmentation de la TVA. Il faudra du courage pour imposer cette réforme, les étudiants savent que leurs facs ne leur donnent pas de travail.
Que proposez-vous pour les banlieues ?
Pas un plan banlieue de plus. La République doit faire cesser la ségrégation territoriale qui est la première cause d'inégalités. Depuis quatre ans, des charges nouvelles ont été imposées aux collectivités territoriales, les crédits des associations ont été réduits et les emplois-jeunes supprimés. Il faut revenir sur tout cela, je propose également que les avantages accordés aux entreprises dans ces zones soient transformés pour cibler l'embauche des jeunes des quartiers populaires. Il ne faut pas se concentrer sur les seuls territoires difficiles mais sur leurs habitants. L'évocation de l'armée ne me paraît pas être le meilleur moyen pour prévenir la violence.
Vous préconisez une rupture comme Nicolas Sarkozy ?
Non, ce que la droite présente comme une rupture est en fait un renoncement. Elle ne veut plus faire vivre le modèle français de cohésion sociale et de solidarité, pour elle, il faut s'adapter au modèle ultralibéral. Je propose une profonde rénovation dont l'ambition est de faire vivre la République partout, alors que la droite veut laisser le communautarisme s'installer et renonce même à l'éducation en proposant d'envoyer les jeunes des cités en apprentissage dès 14 ans. La démocratie est en jeu.
Quels dégâts cause l'affaire Clearstream ?
C'est un désastre. En plus, le Président amnistie Guy Drut dans une autre affaire. Il y a une absence totale de responsabilité politique et morale de nos dirigeants, nos partenaires nous regardent comme un pays sous-développé démocratiquement. Là aussi, une profonde rénovation est nécessaire.
Recueilli par Frédéric Filloux et Arnaud Sagnard
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